J’avais récupéré quatre palettes derrière un magasin de matériaux, avec l’idée d’en faire des étagères pour la remise. Avant de sortir la scie, je me suis demandé — tardivement — ce qu’il y avait sur ce bois. Une palette en bois a voyagé, elle a été traitée pour passer les frontières, et cette information est écrite dessus.
Je ne suis pas professionnel du bois et je ne donne aucun avis sanitaire. Ce qui suit, c’est la lecture d’une estampille, telle que je l’ai apprise en cherchant à décider si je gardais ou non mon chargement.
Ce qui est estampillé, et où le trouver
Le marquage se trouve sur les dés — les blocs cubiques entre les planches — et pas sur les planches elles-mêmes. Il est petit, souvent peu contrasté, et une palette sur trois l’a illisible à force de manutention.
On y trouve en général quatre informations : un symbole d’épi, un code pays et un numéro d’agrément du fabricant, puis deux lettres qui désignent le traitement subi. Ce sont ces deux lettres qui décident de tout. La page encyclopédique sur la palette de manutention décrit le cadre général de cette normalisation internationale, mise en place pour éviter le transport d’insectes d’un continent à l’autre.
Les deux lettres qui changent tout
- HT — traitement thermique. Le bois a été porté à une température donnée pendant une durée donnée. Aucun produit n’a été ajouté. C’est le cas de l’immense majorité des palettes européennes actuelles.
- KD — séchage en séchoir, souvent associé à HT. Même logique : de la chaleur, pas de chimie.
- MB — fumigation au bromure de méthyle. Un produit a été appliqué. Cette méthode a été progressivement abandonnée en Europe, mais elle reste possible sur des palettes venues d’ailleurs, et une palette peut avoir plusieurs vies.
- DB — bois écorcé, indication complémentaire qui ne dit rien du traitement.
Ma règle, depuis : je garde les HT, je laisse les MB, et je laisse aussi celles dont le marquage est illisible. Ce n’est pas une position scientifique, c’est un arbitrage de prudence sur un matériau gratuit — quand le doute coûte zéro euro à lever, autant le lever.

Ce que le marquage ne dit pas
L’estampille documente le traitement d’origine. Elle ne dit rien de ce que la palette a transporté ensuite, ni de ce qui a pu se renverser dessus. Une palette ayant servi en milieu alimentaire et une palette sortie d’un entrepôt de produits d’entretien portent la même marque.
Deux indices de terrain compensent partiellement : l’odeur, qui trahit un déversement, et les auréoles, qui signalent un contact prolongé avec un liquide. Je renonce aux palettes qui sentent quelque chose, quelle que soit leur estampille. Pour un usage en remise, j’accepte une auréole d’eau ; je ne l’accepterais pas pour un meuble d’intérieur.
L’état du bois, indépendamment du traitement
Une palette stockée dehors a vécu des cycles d’humidité répétés, et c’est un terrain favorable aux insectes du bois. J’inspecte donc chaque pièce avant de la rentrer : trous de sortie, vermoulure fraîche, zones molles au tournevis. Les critères sont exactement ceux que j’avais appris en cherchant à distinguer une attaque active d’un dégât ancien dans ma cave, et ils servent au moins autant ici.
J’ajoute une étape que je ne sautais pas au début et que j’ai fini par juger indispensable : laisser les planches une quinzaine de jours à plat sous abri ventilé avant de les travailler. Une planche de palette rentrée humide et vissée aussitôt se vrille en séchant, et l’étagère qui était droite ne l’est plus.

Ce que j’ai fait de ma palette en bois
Des étagères de remise, des cales d’atelier, et un plan de travail de rempotage. Rien dans la maison, pour une raison simple : la finition. Une planche de palette est rugueuse, irrégulière en épaisseur, et la mettre au niveau d’un meuble d’intérieur demande un ponçage et une finition dont le coût en temps dépasse largement celui d’une planche achetée droite.
Quand j’ai voulu finir le plan de rempotage, la question du produit s’est posée dans les mêmes termes que pour mes volets, et j’ai appliqué ce que j’avais compris sur la peinture en milieu exposé : traiter les chants et les extrémités de fil d’abord, les faces ensuite.
Démonter sans tout casser
Mon premier démontage a produit plus de petit bois que de planches utilisables. Les planches d’une palette sont clouées avec des pointes annelées, conçues pour ne pas ressortir, et tirer dessus au pied-de-biche fend la planche dans le sens du fil neuf fois sur dix.
Ce qui fonctionne mieux, et que j’ai copié sur une vidéo d’atelier : scier les pointes plutôt que de les arracher, avec une lame à métaux glissée entre la planche et le dé. On perd un centimètre de longueur à chaque extrémité, on garde la planche entière. Le gain net est largement positif.
Reste la question des pointes restées dans les dés, qu’il faut purger avant tout passage à la scie circulaire. Une pointe oubliée abîme une lame en une seconde, et je l’ai appris de la façon habituelle.
Ce que je regarde avant même de charger
- L’estampille, lisible, sur au moins deux dés de la palette.
- L’odeur, en approchant le nez d’une planche centrale.
- L’état des bouts, où le bois boit et pourrit en premier.
- Les traces d’insectes, trous nets et vermoulure claire.
- Le poids, qui trahit une palette gorgée d’eau et donc stockée dehors longtemps.
Et une règle de courtoisie qui n’a rien de technique : demander. Beaucoup de palettes sont consignées et appartiennent à quelqu’un, même quand elles ont l’air abandonnées. Les deux fois où j’ai demandé, on m’a indiqué lesquelles étaient réellement disponibles — et dans un cas, on m’a évité de repartir avec un lot qui attendait son enlèvement.
Si vous récupérez régulièrement des palettes dans la région et que vous avez une règle de tri différente de la mienne, elle m’intéresse — surtout si elle est plus simple.