Tasseau bois | ce que j’ai compris en refaisant mon bardage

Portrait de Renaud LefebvrePar · 24 juillet 2026

La première fois que j’ai dû choisir un tasseau bois pour refaire le bardage de mon appentis, je suis parti au dépôt avec une seule idée en tête : prendre « du 27 par 40 », parce que c’est ce que le vendeur précédent avait noté sur un vieux bon de livraison retrouvé dans un tiroir. Je suis reparti deux heures plus tard avec autre chose, et surtout avec la conviction que je m’étais lancé sans comprendre ce que je demandais.

Je n’ai aucune formation dans le bois ni dans le bâtiment. Ce qui suit, ce sont des notes de propriétaire curieux, prises entre deux visites de négoce et quelques soirées de lecture.

Un tasseau bois, c’est d’abord une section

Un tasseau est une pièce de bois de petite section, rectangulaire ou carrée, vendue en longueurs standard. Ce qui le distingue d’une planche, c’est le rapport entre sa largeur et son épaisseur : on reste dans des formats compacts, typiquement de 20×20 mm à 40×60 mm, au-delà desquels le vocabulaire bascule vers le chevron ou la volige.

Au dépôt où je vais, les sections courantes tiennent sur une seule étiquette de rayon : 27×27, 27×40, 38×38, 40×60. Ce sont celles qu’on trouve en stock permanent, et celles dont le prix au mètre linéaire est raisonnable. Tout ce qui sort de cette liste se commande, avec un délai et une majoration. C’est une information bête, mais elle oriente un projet plus sûrement que n’importe quel tableau de dimensionnement : si une section de rêve suppose trois semaines d’attente, le projet se réorganise autour de ce qui est disponible.

Tasseaux et planches rangés par sections dans un dépôt de négoce
Tasseaux et planches rangés par sections dans un dépôt de négoce

J’ai retenu une règle simple pour ma propre maison : pour une ossature de bardage ventilé, les tasseaux verticaux qui créent la lame d’air se prennent en 27 mm d’épaisseur minimum, parce qu’en dessous la ventilation devient symbolique. L’article de l’encyclopédie sur le tasseau donne les définitions générales, mais sur l’épaisseur de lame d’air, ce sont les documents techniques des fabricants de bardage qui m’ont servi de référence.

L’essence change tout, et le prix le dit

Trois essences couvrent l’essentiel de ce qu’on trouve en tasseau dans un négoce généraliste du Nord : le sapin ou épicéa — souvent vendus ensemble sous l’étiquette « sapin du Nord » —, le pin sylvestre traité, et le douglas. Le mélèze apparaît parfois, le chêne presque jamais en tasseau.

Le sapin brut est le moins cher, et le plus fragile une fois dehors. Je l’ai utilisé à l’intérieur, pour une ossature de cloison, sans aucun regret. Je ne le remettrais pas en extérieur sans traitement, parce que j’ai récupéré sur mon propre appentis des tasseaux de sapin posés par le précédent propriétaire : au bout d’une douzaine d’années face au vent d’ouest, les extrémités en contact avec la maçonnerie étaient spongieuses.

Le pin traité en autoclave coûte un peu plus cher et accepte le contact avec l’humidité. Le douglas, naturellement plus durable, se passe de traitement dans beaucoup de situations verticales abritées — c’est son argument commercial, et il est documenté. Pour une ossature de bardage, j’ai fini par payer la différence du douglas, moins par certitude technique que parce que l’idée de redémonter un bardage dans dix ans ne me séduisait pas.

L’humidité à l’achat, le point que j’avais ignoré

C’est le sujet qui m’a le plus surpris. Un tasseau n’est pas sec par définition : il est vendu avec un taux d’humidité, et ce taux figure parfois sur l’étiquette du paquet, parfois nulle part. Entre un lot « frais de sciage » et un lot séché à 18 %, le comportement après pose n’a rien à voir.

Le principe que j’ai retenu de mes lectures sur l’humidité du bois tient en une phrase : le bois cherche à se mettre en équilibre avec l’air qui l’entoure, et il bouge en le faisant. Posé trop humide, il va sécher en place, se rétracter et ouvrir des jeux ; posé trop sec dans un local humide, il va gonfler et faire travailler les fixations.

Sur le littoral flamand, cette question n’est pas théorique. L’air y est chargé d’humidité une bonne partie de l’année, et un bois très sec rentré dans un garage non chauffé reprend du poids en quelques semaines. J’ai pris l’habitude de laisser les paquets en attente, à plat et sous abri ventilé, une quinzaine de jours avant de couper quoi que ce soit. Ce n’est pas une prescription : c’est ce que font les menuisiers que j’ai vus travailler, et je les ai copiés.

Lire une étiquette de paquet sans se faire avoir

Voici ce que je regarde maintenant, dans cet ordre, quand je soulève le film plastique d’un paquet :

  • La section réelle. « 27×40 » peut désigner la section brute de sciage ou la section après rabotage. L’écart atteint facilement 2 mm par face, ce qui compte quand on empile.
  • L’essence exacte, pas la famille. « Résineux » sur une étiquette, c’est une non-réponse.
  • La classe d’emploi, notée de 1 à 5 : elle dit dans quel environnement la pièce est censée tenir, pas combien de temps elle va durer.
  • Le traitement, s’il y en a un, et surtout sa profondeur de pénétration. Un traitement de surface sur une pièce qu’on va recouper laisse les coupes nues.
  • La rectitude, en regardant le paquet par la tranche. Un lot vrillé se voit à l’œil, et aucun argument de prix ne le rattrape.
Mesure de la section d’un tasseau avec un mètre pliant
Mesure de la section d’un tasseau avec un mètre pliant

Ce que je ferais différemment

Trois choses, si je devais refaire le bardage de l’appentis aujourd’hui. D’abord, acheter 15 % de longueur en plus : j’ai perdu un demi-samedi à retourner au dépôt pour trois tasseaux, et le lot suivant n’était pas de la même teinte. Ensuite, traiter les coupes au fur et à mesure plutôt qu’à la fin — les extrémités fraîchement sciées sont exactement là où l’eau entre. Enfin, noter la date d’achat et le taux d’humidité annoncé quelque part : un an plus tard, je ne me souvenais plus de ce que j’avais pris, et c’est une information qui aurait aidé pour la suite du chantier.

Rien de tout cela ne remplace l’avis de quelqu’un dont c’est le métier, surtout dès qu’une structure porteuse entre en jeu. Pour une ossature de bardage sur un appentis, le risque reste limité à mon propre temps et à mon propre argent, et c’est dans ce cadre-là que j’écris.

Les classes d’emploi, ce que j’avais mal lu

Les étiquettes affichent une classe d’emploi notée de 1 à 5, et j’avais compris de travers ce qu’elle mesurait. Elle ne note pas la qualité du bois ni sa durée de vie : elle décrit la situation dans laquelle la pièce va se trouver, et donc le niveau de risque biologique auquel elle sera exposée.

En résumé, tel que je me le suis noté : classe 1 pour l’intérieur sec, classe 2 pour l’intérieur avec risque d’humidification occasionnelle — sous toiture, par exemple —, classe 3 pour l’extérieur sans contact avec le sol, classe 4 dès qu’il y a contact avec le sol ou l’eau douce, classe 5 pour l’eau de mer. Un tasseau d’ossature de bardage vit en classe 3. Un piquet de clôture planté dans la terre vit en classe 4, et aucune quantité de lasure appliquée au pinceau ne le fera descendre d’une classe.

Ce point a eu un effet direct sur mes achats : j’ai arrêté de chercher le bois le moins cher qui « ferait l’affaire » pour chercher celui dont la classe correspondait à l’endroit où il allait vivre. La différence de prix est réelle mais plus faible que je ne le craignais, et elle se compare à la valeur d’un démontage évité.

Combien ça coûte, concrètement

Pour l’ossature de mon appentis — environ 11 mètres carrés de bardage —, il m’a fallu une trentaine de mètres linéaires de tasseau en 27×40, plus une dizaine de mètres pour les renforts d’angle et les encadrements. En douglas, chez le négoce où je vais, le poste tasseaux représentait un peu moins du quart du budget matériaux du chantier, bardage compris.

Je donne ces ordres de grandeur sans prétendre qu’ils valent ailleurs : les prix varient selon le dépôt, la saison et la quantité. Ce qui me paraît transposable, c’est le rapport entre les postes. L’ossature invisible coûte beaucoup moins que la peau visible, et c’est pourtant elle qui conditionne la durée de vie de l’ensemble. Économiser dessus est le seul arbitrage que je regrette vraiment dans ce chantier.

Les deux chantiers qui ont suivi m’ont fait revenir sur ces mêmes questions sous un autre angle : le choix d’un panneau bois extérieur pour fermer un abri, puis la différence entre une planche achetée en scierie et la même section prise au négoce.

Si vous avez une expérience différente avec le tasseau bois en climat humide, je suis curieux de la lire. La prochaine fois, je compte creuser la question du traitement en autoclave, que je n’ai pas encore bien cerné.